Lu dans le Midi Libre du 20.01.08
Dallas Soonias, un volleyeur venu du froid.
Le joker médical de l’Arago a débarqué mardi à Sète depuis son Canada natal.
La halle du Barrou va devoir rajouter le drapeau à la feuille d’érable à sa collection. Arrivé à Sète mardi dans la soirée, Dallas Soonias, 23 ans, sera effectivement dans l’effectif des volleyeurs de l’Arago, cet après-midi à 16 h face à Tours. Et pourtant, cet enfant du Saskatchewan, région de plaines du centre du Canada, était loin de penser il y a quelques mois qu’il entamerait 2008 dans le Sud de la France.
Issu d’une famille où l’on privilégie autant la tête que les jambes, avec un père "footeux" et avocat et une mère psy et adepte de canoé, Dallas Soonias a passé son enfance dans l’Alberta. Avec son frère Sarain, de deux ans son aîné, il a écumé les pistes d’athlétisme, les terrains de foot et de basket jusqu’à l’âge de 14 ans. « Puis j’ai essayé le volley car je voulais suivre ma propre voie. » Dès lors, tout s’est accéléré. En quatre ans, le jeune sportif est passé de l’équipe de Province à la sélection nationale. « A ce moment-là, j’ai pris la décision d’abandonner mes études de civilisation, poursuit Dallas. L’école, je peux toujours y retourner plus tard. Mes jambes, en revanche, ont une "durée limitée"… »
Le jeune Canadien s’est alors donné corps et âme à la sélection nationale. « A l’époque, le coach, Glenn Hoag, a pris un groupe de jeunes pour l’encadrer et en faire l’équipe nationale. Nous n’avons pas disputé le moindre match pendant un an, nous étions totalement tournés vers la musculation et la maîtrise des fondamentaux. Puis nous sommes partis
aux championnats du monde au Japon. » Une fenêtre ouverte sur le monde qui lui a permis de se faire remarquer par un club polonais, pour lequel il a joué durant six mois avant de revenir au pays en mai dernier. Entre les Jeux Panaméricains, la Ligue Mondiale et le tournoi qualificatif olympique disputé en début de mois (défaite en demi-finale face à Porto-Rico), Dallas Soonias a alors multiplié les compétitions. Jusqu’à ce que l’Arago, par l’intermédiaire de Glenn Hoag, s’intéresse à son cas. « Ça s’est fait assez vite. En quinze jours exactement. Je ne connaissais pas Sète, alors j’ai regardé sur internet et j’y ai vu un village de pêcheurs. Beautiful ! »
Conseillé entre autres par l’ancien Sétois Steeve Brickman, Dallas a donc fait ses valises. Sans oublier d’y ranger sa conception du sport de haut niveau. « C’est difficile à exprimer. Pour moi, l’essentiel ne se résume pas à la victoire ou la défaite. Si je gagne en jouant mal, je sais que je vais mal dormir. C’est la manière qui m’importe… avec la victoire ! » Mardi soir, un "Indien" a donc débarqué dans la ville. Un Natif « 100 % aborigène » (peuple autochtone du Canada) qui va devoir apprendre les rudiments de la langue française. « Ma mère est déjà en train de s’y mettre car elle veut me rejoindre ! » Mais le voyage n’a pas été de tout repos. Parti de Porto-Rico avec 28° à l’ombre, il a fait une escale chez lui, à Winnipeg, avec un thermomètre à -32°... Un écart de température qui l’a cloué au lit et qui aurait pu différer son arrivée à Sète. « Je ne pouvais plus bouger. Finalement, je suis quand même parti et je ne le regrette pas. Car ici, entre la météo, la ville et l’accueil des gens, ça va tout de suite beaucoup mieux. » Un constat que l’Arago espère maintenant partager au plus vite.
Jérôme BELLUIRE